La crise sanitaire en milieu scolaire : regards sur les défis actuels et les possibilités

Publié le jeudi 25 mars 2021

La crise sanitaire en milieu scolaire, Leilah Mbida

 

Dans cette réflexion, Leilah Mbida, doctorante à la Faculté d'éducation, partage ses observations et conclusions tirées de la conférence 'La pandémie et l'éducation : conséquences et défis', un rassemblement de spécialistes de l'éducation et du droit qui a eu lieu en 2021.


La Chaire de recherche en éducation du Collège des chaires de recherche sur le monde francophone (CCRMF) et le Laboratoire de recherche interdisciplinaire sur le droit des enfants (LRIDE) de l'Université d'Ottawa ont organisé le 20 janvier un webinaire intitulé : 'La pandémie et l'éducation : conséquences et défis'. Cette rencontre, animée par la professeure Nathalie Bélanger de la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa et la professeure Mona Paré de la Faculté de droit, avait pour but d’examiner les inégalités exacerbées par la pandémie. Parmi les intervenants, le conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, le conseil scolaire catholique de District des Grandes Rivières en Ontario, le district scolaire francophone sud au Nouveau-Brunswick et le Groupe Média TFO. Les questions abordées étaient relatives à la situation des élèves et des enseignant.es, à la relation école-famille, à l’apprentissage à distance et à l’accès des élèves aux outils numériques.

Observations et conclusions

La pandémie de COVID-19 touche les élèves et les familles de façons différentes : un niveau d’anxiété plus accru, la crainte de la maladie, le sentiment d’isolement, la faible participation aux activités d’apprentissage à distance, une exposition à la langue française réduite, la perte d’emploi et son corollaire les problèmes financiers. Les fermetures d’écoles touchent les élèves vulnérables qui en sont dépendents pour leur santé, notamment quand ils y prennent leur petit déjeuner. Les élèves en difficulté d’apprentissage se sentent désemparés, car les aides habituelles ne sont plus là. Afin d’assurer un environnement sécurisant pour les élèves, les conférencières s’accordent sur l’importance de la flexibilité du personnel enseignant face à l’incertitude éprouvée par les jeunes et les familles. Elles insistent sur la nécessité d’être attentif aux signes d’anxiété qui les aident à intervenir de façon précoce, avant que le problème ne s’aggrave. Elles soulignent la responsabilité des écoles, dans le maintien des liens avec les familles et, les organismes communautaires engagés dans la lutte contre les maltraitances et le décrochage scolaire.

Cependant, les inégalités sociales et scolaires déjà présentes s'accroissent considérablement et, un des défis majeurs que la crise sanitaire fait ressortir, est l’accès inégal des élèves aux technologies et aux outils numériques nécessaires pour maintenir la continuité de l’apprentissage. En effet, en dépit de la distribution des ordinateurs portables par les conseils scolaires et de l’accès gratuit aux ressources numériques par des partenaires éducatifs comme le Groupe Média TFO, les familles doivent surmonter des contraintes importantes par exemple, un espace de travail limité, le partage d’un seul ordinateur pour toute une famille, une bande passante instable et l’impossibilité pour certains parents d’aider leurs enfants à compléter des travaux. Plus particulièrement, on pense aux travailleurs de première ligne, et aux parents qui, à cause de la pandémie, font du télétravail ou qui n’ont pas le bagage académique nécessaire pour accompagner leurs enfants. Des inégalités aussi par rapport à la langue, notamment en milieu minoritaire francophone où les parents et les enseignant.es s’inquiètent de l’écart linguistique qui pourrait s'élargir entre les élèves qui ont peu d’occasion de s’exprimer en français à l’extérieur de l’école. Afin de maintenir les compétences en français des enfants et les occasions de s’exprimer, les conseils scolaires ont affiché sur le site web, des stratégies pour aider les parents à augmenter l’exposition au français des enfants. Par exemple, le visionnement d’émissions télévisées en français et, l’utilisation d’applications françaises pour le jeu et le divertissement.

Selon les conférencières, l’autre défi consiste à soutenir la motivation et l’engagement des élèves lors de l’enseignement en ligne. Ce mode d’enseignement ne répond pas aux besoins de tous les apprenants, la distance physique change la dynamique du groupe et rend le suivi et l’évaluation des élèves beaucoup plus complexes. Bien que les enseignant.es s’adaptent à cette nouvelle réalité, dans la pratique, il est difficile de vérifier qui comprend ou pas, ou qui écoute ou fait autre chose. De plus, certains enseignants ressentent une rupture du lien avec les élèves, ce qui est vital pour le processus d'enseignement et d'apprentissage. Face à tous ces défis, les intervenantes mentionnent que les acteurs du milieu scolaire qui prennent des décisions souvent dans l’urgence, tendent à ne pas perdre de vue l’importance d’établir, dans les conditions difficiles actuelles, un climat bienveillant.


 

Leilah Mbida est doctorante en éducation dans la concentration « sociétés, cultures et langues » à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. Sa directrice de recherche est la professeure Carole Fleuret, et ses travaux portent sur les dispositifs de lecture, plus précisément sur les ateliers de lecture en contexte minoritaire. Elle détient un Baccalauréat en éducation de l’université d’Ottawa, une maîtrise en sciences d'éducation de l’université Jules Verne en France et, une maitrise en administration des affaires de l’université de Douala au Cameroun. Elle est enseignante agréée de l’Ontario.

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