Ouvrir le monde aux autres

Publié le mardi 26 avril 2016

Nisha Toomey et Barnane Geis

Par Sophie Coupal

On ressort d’une conversation avec Nisha Toomey (M.Éd. 2011) avec le goût de changer le monde. Et surtout, avec l’idée que c’est possible, peu importe les histoires d’horreur dont les médias nous abreuvent chaque jour.

La trentaine à peine entamée, la jeune femme au parcours impressionnant compte déjà à son actif une thèse de maîtrise primée (LLRC Master’s Thesis Award, 2013) et une dizaine d’années d’expérience comme enseignante, militante et agente de projet pour des organismes comme EspaceJeunesse et SOPAR. Elle a notamment travaillé cinq ans au sein d’un camp de réfugiés à la frontière de la Thaïlande et de la Birmanie (Myanmar). 

Ce cheminement engagé a fortement orienté la perspective de Nisha sur le monde, en lui donnant envie de donner plus de place au positif.

« On nous parle beaucoup des choses horribles qui se produisent : guerres civiles, problèmes environnementaux à n’en plus finir, etc., dit-elle. Mais dans tout ce que j’ai fait, j’ai été exposée à de nombreux acteurs de changement, des gens qui travaillent sur le terrain pour améliorer le sort des autres de façon très constructive et concrète. Mais on n’entend pas suffisamment parler d’eux. »

C’est justement dans le but de faire entendre ces histoires et d’inspirer d’autres acteurs de changement que Nisha planche maintenant, en collaboration avec son complice Barnabe Geis, sur un projet tout à fait original : Uplift, un concept qui réinvente l’émission de voyage et d’aventure en allant à la rencontre de personnes affligées par des problèmes de nature sociale ou environnementale, mais aussi des gens qui travaillent à trouver des solutions sur le terrain.

Après une campagne Kickstarter qui a dépassé toutes ses attentes (en permettant d’amasser 30 000 $, alors que l’objectif était de 12 000 $), le couple a pu financer le tournage de l’épisode pilote en Birmanie. Pour Nisha, le projet est une belle façon de mettre à profit tout ce qu’elle a appris et vécu au fil des années, notamment à l’Université d’Ottawa.

Déjà à l’époque de sa maîtrise, elle avait été marquée par le fait que bon nombre de ses professeurs, dont Awad Ibrahim et Nicolas Ng-A-Fook, travaillaient directement sur le terrain, notamment auprès de jeunes personnes vulnérables ou de communautés autochtones. « C’est quelque chose qui m’a beaucoup inspirée », dit-elle.

Puis, en 2011, une bourse de leadership communautaire PFF (aujourd’hui OceanPath) d’un an lui a permis de retourner à la frontière de la Thaïlande et de la Birmanie, où elle avait enseigné après ses études de baccalauréat, pour collaborer à la construction d’un centre de formation et d’emploi pour les jeunes migrants.

« Toutes ces expériences sont liées, bien sûr. Le goût d’ouvrir le monde aux autres est sans doute une des choses qui me poussent le plus à agir », dit celle qui caresse aussi le projet de poursuivre des études de doctorat dans le domaine de l’éducation à la justice sociale, et peut-être un jour d’enseigner à l’université, où elle pourra continuer d’appliquer ses idées transformatrices.

« En ce moment, et peut-être plus que jamais, nous avons de vraies occasions d’agir pour améliorer les choses, dit-elle. Comme enseignants, nous devons amener nos élèves à trouver des solutions créatives à des problèmes du monde réel. Il faut se parler de ce que nous pouvons faire pour les y préparer. Je crois que la résolution de problèmes est une responsabilité qui peut et devrait être confiée aux jeunes. »

Pour Nisha, le documentaire est un outil de communication qui permet de susciter l’empathie, d’inciter à l’action et d’engendrer des changements positifs. Grâce au succès remporté par la campagne Kickstarter, Uplift a pu faire appel aux services du réalisateur Jim Morrison IV, lauréat de deux prix Écrans canadiens.

On peut lire sur le compte Facebook d’Uplift que Nisha et Barnabe ont rendu visite récemment à des agriculteurs de la vallée du Salouen pour en savoir plus sur les conséquences qu’aurait pour eux la construction du barrage hydroélectrique de Hatgyi, auquel s’opposent des groupes de défense des droits civils.

Le tournage au Myanmar s’est poursuivi le mois dernier, et l’épisode pilote devrait être prêt d’ici avril. À suivre.

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