Questions de choix

Publié le vendredi 22 avril 2016

Nick Gazzola, Megan Cotnam, Michel Laurier

Par Mike Foster

Megan Cotnam-Kappel concède qu’il aurait été plus facile pour elle de passer à l’école anglaise au secondaire quand elle vivait à Orillia, en Ontario.

Elle a plutôt choisi de poursuivre ses études en français, allant à contre-courant de la tendance qui voyait annuellement de 10 à 15 % des élèves quitter les écoles francophones après la 8e année.

« Je me suis rendu compte que c’était trop facile de quitter le système francophone. J’ai fait le choix conscient d’aller dans une petite école à Barrie, à 35 km de chez moi, et de me concentrer sur mes études en français plutôt que de fréquenter une école de mon quartier avec tous mes amis avec lesquels je faisais du sport, se rappelle Megan. C’était mon moment d’éveil, le moment où je me suis vraiment engagée dans mes études en français. Deux ans plus tard, j’ai aussi choisi de poursuivre mes études postsecondaires en français à l’Université d’Ottawa. »

L’expérience de Megan Cotnam-Kappel de grandir en tant que francophone dans une situation d’extrême minorité linguistique est à la source de sa thèse de doctorat, une étude comparative des raisons qui motivent les enfants à choisir une école de la langue de la minorité en Ontario et en Corse.

Sa thèse, intitulée Une étude comparative des paroles des enfants sur le processus de choix scolaire en milieu minoritaire en Ontario et en Corse, s’est faite en cotutelle entre l’Université d’Ottawa et l’Université de Corse Pascal Paoli, en France.

Trois de ses quatre années de recherches doctorales, dont une année d’observation et de rencontres d’élèves dans une école corse, ont été financées par la Bourse d’études supérieures du Canada Vanier en 2011, d’une valeur de 50 000 $ par année.

À l’origine, Megan pensait faire une étude comparative de la persévérance scolaire dans des écoles en milieu minoritaire de l’Ontario et de Corse, mais elle a légèrement dévié de son objectif.

« J’ai constaté que la plupart des recherches sur le choix d’école s’intéressaient surtout à la perspective des parents et non à celle des élèves, explique-t-elle. J’ai pris conscience de la réelle lacune dans la documentation sur la façon dont les élèves vivent ce choix, s’ils y participent ou non et si ce choix a une incidence sur leur motivation et leurs études. »

En entrevue téléphonique de Boston, au Massachusetts, où elle est boursière postdoctorale à la Harvard Graduate School of Education (HGSE), Megan explique que les écoles ontariennes et corses n’offrent pas beaucoup d’information aux élèves quant à leurs options, préférant laisser les familles s’en occuper.

« Chez les élèves qui ont choisi l’école francophone en Ontario et ceux qui ont opté pour une école de langue corse en Corse, le facteur le plus déterminant n’était pas la culture, qui est généralement le facteur le plus déterminant pour les parents; ce n’était pas non plus leur degré de connaissance de la langue, ce qui était l’une de mes hypothèses. C’était en fait les avantages stratégiques ou financiers qu’ils retireraient de ce choix. C’est une conclusion importante. »

Les élèves de ces deux villes (dont on ne dévoile pas le nom par souci de confidentialité) ont aussi exprimé le souhait d’avoir plus d’aide pour faire leur choix, ajoute-t-elle.

Titulaire d’un doctorat en éducation (2014) et d’un baccalauréat intégré en lettres françaises et éducation (2008) de l’Université d’Ottawa, Megan Cotnam-Kappel mène en ce moment des recherches à Harvard sur les nouvelles formes d’« instruction civique ». Elle s’intéresse aux nouveaux modèles d’engagement civique et de participation citoyenne chez les jeunes aux dépens des modèles traditionnels comme voter ou devenir membre d’un parti politique.

« Je travaille avec un groupe du Projet Zéro de la HGSE qui s’intéresse aux médias sociaux et à la participation citoyenne chez les jeunes. Nous étudions l’importance de gestes comme twitter, publier un statut ou changer sa photo sur Facebook pour marquer sa position par rapport à une question de justice sociale, comme nouvelles formes de participation citoyenne, explique-t-elle. J’espère en apprendre le plus possible dans ce domaine de l’instruction civique et rapatrier le tout au Canada. J’aimerais poursuivre ces recherches auprès de jeunes francophones pour voir ce qu’est l’engagement civique pour eux par rapport à leur situation minoritaire et aux enjeux qui les interpellent le plus. »

Si elle a constaté en faisant son doctorat que la motivation principale des élèves de poursuivre leurs études en français était les avantages qu’ils pensaient en retirer, Megan Cotnam-Kappel aimerait maintenant voir comment les jeunes francophones s’engagent stratégiquement dans leur communauté et dans des enjeux sociaux plus larges.

C’est dans cette optique qu’elle multiplie les demandes de subvention et postule à des chaires de recherche en milieu bilingue ou francophone, qui pourraient la ramener ici, à l’Université d’Ottawa.  Megan, qui a déjà reçu plusieurs bourses et subventions, bénéficie pour ses études postdoctorales actuelles d’une bourse de la Fondation Baxter et Alma Ricard, qui offre de l’aide financière à des francophones de l’extérieur du Québec qui poursuivent des études supérieures.

Megan a vite compris que la recherche était pour elle la meilleure façon de contribuer activement à sa communauté et à la protection des langues minoritaires.

« Bon nombre de nos droits et notre place en milieu minoritaire sont définis par l’institution que forme le système scolaire. Chaque fois que j’ai choisi d’étudier en français au niveau postsecondaire, c’était un choix stratégique pour améliorer mon français. Ce n’était pas l’option la plus facile, c’était un choix politique. J’ai choisi le contexte de langue minoritaire pour conserver ma langue de minorité. J’ai maintenant le goût de contribuer à la recherche en éducation de langue française en milieu minoritaire en raison de ma propre expérience. »

Elle ajoute que le fait d’avoir grandi dans une communauté minoritaire lui a déjà fait vivre des moments d’« insécurité linguistique ».

« Certaines personnes n’acceptaient pas mon registre de français parlé, surtout des étudiants du Québec et de milieux francophones majoritaires en Ontario. Même des professeurs m’ont laissé entendre que mon accent était un peu différent et que je ferais peut-être mieux d’étudier en anglais. Mais j’ai persévéré. »

Bien sûr, Megan ayant fait son doctorat en éducation et rédigé sa thèse en français, tout doute quant à sa capacité d’écrire dans cette langue a été évacué.

« Mes recherches défient les conventions parce qu’elles portent sur les jeunes eux-mêmes et leur droit de vouloir choisir leur école, au lieu de s’intéresser comme toujours au choix d’école de la perspective des adultes, qui visent plutôt le maintien des élèves dans les écoles », explique-t-elle.

Le temps de redonner

La bourse Vanier a permis Megan Cotnam-Kappel de se concentrer sur ses recherches et d’assister à des colloques au pays et à l’étranger. Elle a aussi trouvé le temps de redonner à l’Université en organisant des rencontres individuelles et des ateliers de mentorat, en collaboration avec le vice-doyen et secrétaire de la Faculté Nick Gazzola, pour aider les étudiants de la Faculté d’éducation à remplir des demandes de bourse. Elle a de plus siégé à plusieurs comités, notamment en tant que représentante étudiante au Comité canadien des étudiantes et étudiants en éducation de 2012 à 2014 et représentante francophone des étudiants aux cycles supérieurs au conseil des professeurs de la Faculté d’éducation de 2011 à 2013.

« Grâce à la bourse Vanier, j’ai eu le temps de redonner à l’Université. En tant que membre d’une communauté universitaire, je me rends compte que plus ma contribution est grande, plus d’autres et moi-même en profitent. Comme j’ai réussi à décrocher plusieurs bourses, j’ai voulu faire profiter d’autres étudiants de mon expérience et les aider à mettre toutes les chances de leur côté. »

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