Le racisme anti-Noirs et le rôle de l’histoire culturelle africaine dans l’éducation canadienne

Publié le vendredi 6 novembre 2020

M. Abdi Bileh, portant une chemise de couleur mauve

Le doyen Richard Barwell et Abdi Bileh, co-fondateur de l’Association canadienne pour la promotion des héritages africains (ACPHA), discutent du rôle crucial de l’ACPHA en matière de sensibilisation aux contributions des personnes d’origine africaine dans la société canadienne et dans le monde. Des conseils scolaires locaux au gouvernement municipal, en passant par les organisations communautaires et l’Université d’Ottawa, le travail de l’association en matière d’éducation contre le racisme anti-Noirs a une vaste portée. Préparer les futurs éducateurs à enseigner la richesse et la diversité de l’histoire africaine dans les écoles est, selon M. Bileh, fondamental pour lutter contre la discrimination engendrée par l’ignorance.

 


 

RB : Vous avez occupé plusieurs fonctions au cours de votre carrière : enseignant, coordonnateur, directeur adjoint d’école, organisateur communautaire, président du Comité de travail antiracisme de la Commission canadienne pour l’UNESCO et cofondateur de l’Association canadienne pour la promotion des héritages africains (ACPHA). Parlez-nous de la genèse de l’ACPHA et de votre vision de son œuvre.

 

AB : L’Association canadienne pour la promotion des héritages africains est le résultat d’une série de rencontres tenues durant l’année 2014 sur la problématique de l’isolement, de la stigmatisation ethnique, de l’exclusion sociale et de la pauvreté qui touche une grande proportion des personnes d’ascendance africaine vivant au Canada et ailleurs en Amérique du Nord. Ce constat a incité les membres fondateurs à conjuguer leurs compétences et leurs habiletés en vue de faire reconnaître la contribution des personnes d’ascendance africaine dans la société canadienne et ailleurs dans le monde.

L’Association canadienne pour la promotion des héritages africains est une organisation à but non lucratif qui, d’une part, favorise le développement de la culture des personnes d’ascendance africaine partout au Canada. D’autre part, elle participe activement aux initiatives visant à améliorer les conditions de vie des communautés rurales vulnérables vivant en Afrique de l’Est et en Haïti.    

Depuis sa création, l’Association continue de croître et de nouer des partenariats. Elle compte maintenant un nombre important de membres et d’alliés au Canada et à l’étranger, et travaille à créer et à développer un réseau efficace de solidarité et d’entraide. Elle collabore avec les quatre conseils scolaires d’Ottawa (CEPEO, CECCE, OCDSB, OCSB), l’UNESCO, l’Université d’Ottawa, la Ville d’Ottawa et plusieurs organismes communautaires pour sensibiliser et outiller les enseignants, les élèves et leurs parents aux différentes contributions des personnes d’ascendance africaine à notre société et à l’humanité. Enfin, chaque année, nous offrons des activités culturelles et pédagogiques durant toute l’année. Pour plus de détails, visitez notre site Web : www.acpha.ca

 

RB : En grandissant au Royaume-Uni, je me souviens avoir appris les grands événements de l’histoire européenne et les révolutions chinoise et russe, mais rien de l’histoire du continent africain ni de ses peuples. Je ne pense pas que cela ait beaucoup changé. Au Canada, est-ce que nous faisons des progrès dans ce domaine? Que devraient faire les provinces sur ce front?

 

AB : C’est une excellente question qui mérite une réflexion et une discussion franche au sein des dirigeants de l’éducation, des parents et des élèves. Notre association ainsi que plusieurs organismes issus de la diversité ont souligné le manque de manuels scolaires traitant de l’histoire et de la culture des personnes d’ascendance africaine.

De plus en plus de personnes issues de la société civile – des parents, des élèves – demandent des actions concrètes pour assurer à l’histoire des Noirs une place plus importante dans le programme d’enseignement et pour que le racisme anti-Noirs soit enseigné dans les écoles.

Les élèves noirs, leurs familles et leurs défenseurs ont réitéré leurs appels de longue date pour que les écoles luttent contre le racisme anti-Noirs et pour une représentation accrue dans le programme scolaire. Nous avons vu ces appels lors des nombreuses manifestations et marches qui ont eu lieu dans des villes comme Toronto et Vancouver cette année.

 

RB : Dans votre récent article intitulé L’enseignement de l’histoire des africains et des afro-descendants dans les écoles est-il important? publié dans Diversité canadienne, vous évoquez plusieurs arguments pour enseigner l’histoire des personnes d’ascendance africaine dans nos écoles. Mais au fond, les riches histoires des nombreuses civilisations africaines pendant 3000 ans méritent une place dans les cours d’histoire. Ceci permettrait à nos jeunes de mieux comprendre notre société, y compris le racisme et la minorisation.

 

AB : En effet, l’enseignement de l’histoire de l’Afrique dans nos écoles ne peut qu’être bénéfique. Plusieurs pays tels que par exemple la France, le Brésil, le Kenya intègrent dans leurs cursus scolaires l’enseignement de l’histoire de l’Afrique.

Ceci m’amène à vous faire part d’une anecdote. L’année passée, j’étais invité à l’UNESCO pour participer au projet de l’histoire générale de l’Afrique (HGA) lors de la 40e conférence regroupant les pays membres. Parmi les nombreuses délégations figurait celle de la Corée du Sud. Lors d’une discussion, un cadre de l’UNESCO a innocemment demandé aux Coréens pourquoi ils s’intéressent à l’enseignement de l’histoire de l’Afrique puisqu’il y a très peu de population d’origine africaine en Corée. La réponse de la délégation coréenne porte à réfléchir : « Ne pas enseigner l’histoire de l’Afrique, c’est se priver d’une partie de l’histoire de l’humanité ».

Enfin, je préside le comité de travail antiracisme de la Commission canadienne pour l’UNESCO, secteur de l’éducation, qui a pour but d’appuyer les éducateurs en priorisant le développement de ressources pédagogiques contre le racisme et en faisant la promotion du Mois de l’histoire des Noirs ainsi que des différentes contributions des personnes d’ascendance africaine dans notre société et dans l’histoire de l’humanité en général.

 

RB : Vous avez proposé une collaboration entre la Faculté d’éducation et l’ACPHA pour soutenir nos étudiantes et étudiants en formation à l’enseignement. Que propose ce projet?

 

AB : Le curriculum de l’Ontario contient des attentes génériques qui donnent la liberté à chaque enseignant d’insérer des contenus d’apprentissage qui tiennent compte des Canadiens noirs dans ce qu’ils enseignent, mais malheureusement tous les enseignants ne le font pas de manière qui en vaille la peine. Manque de ressources? Manque de formation?

Pour répondre à ces interrogations, l’ACPHA mise sur la formation des enseignantes et enseignants. En collaboration avec la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, nous offrons aux étudiants et étudiantes du programme de formation à l’enseignement une série d’ateliers sur l’histoire et la culture des Africains et des afro-descendants selon une nouvelle perspective. Ces ateliers s’appuient sur le projet Histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO et sur les travaux d’éminents chercheurs. 

Le principal objectif de ce projet est d’outiller les étudiants et étudiantes du programme de formation à l’enseignement de la Faculté d’éducation sur l’histoire et la contribution des personnes d’ascendance africaine afin de les préparer à mieux faire face à la réalité multiculturelle dans nos écoles. De plus, ce projet leur permettra de mieux lutter contre le racisme et la discrimination en milieu scolaire et dans la société en général. 

 


 

BIO :

Originaire de Djibouti, Abdi Bileh a fait ses études secondaires et collégiales à Montréal pour ensuite poursuivre ses études postsecondaires à l’Université d’Ottawa. Agréé de l’Ordre des enseignantes et enseignants de l’Ontario (EAO), il est titulaire d’une maitrise en histoire spécialisée en études africaines ainsi que d’un baccalauréat en histoire et d’un baccalauréat en éducation de la Faculté d’éducation.

 


 

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Voir notre initiative Solidaire contre le racisme : Année d’action de la Faculté d’éducation pour la justice raciale 2020-2021.

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